PLACE AUX COLORISTES




Tige de cheveu coloré en rouge vue au vidéomicroscope

Se colorer les cheveux est devenu un acte ordinaire. La facilité d'utilisation des produits de coloration des cheveux d'aujourd'hui et le pacte toujours renouvelé entre beauté et santé du cheveu permettent d'oublier les processus complexes qui ouvrent les frontières du pays des couleurs.

Avant de s'aventurer plus avant dans le pays des couleurs, nous devons y distinguer trois régions : la région des colorations permanentes, celle de la coloration semi-permanente ou temporaire et celle de la coloration fugace.
Comme leur nom l'indique, les colorations permanentes ne s'éliminent pas par les shampooings et leur action dure jusqu'à la repousse de ce qui est improprement appelé la "racine". La coloration permanente "classique" permet ainsi de colorer en plus clair, dans le même ton, en plus foncé ou d'apporter des reflets. Elle est également capable de colorer une chevelure entièrement blanchie.
La coloration permanente 'ton sur ton' colore dans la nuance d'origine ou la fonce un peu.
Elle apporte des reflets et s'utilise sur des chevelures comportant jusqu'à 50% de cheveux blancs, à condition qu'ils soient bien répartis.

Pour sa part, la coloration temporaire s'estompe en douceur au fil des shampooings. Elle s'utilise pour colorer dans le ton naturel ou en un peu plus foncé, pour apporter des reflets ou pour colorer une chevelure qui présente jusqu'à 30% de cheveux blancs bien répartis.

Enfin, la coloration fugace permet d'obtenir, jusqu'au shampooing suivant, une légère modification de la couleur naturelle et d'y apporter des reflets.


  Un pays étrange



Cristaux de colorants

Si l'on s'avance maintenant dans la région des colorations permanentes, c'est une surprise de taille qui nous attend : la couleur semble absente! Poudres blanches et liquides incolores forment le paysage. Là où nous attendions peut-être de multiples pigments, nous rencontrons les précurseurs des couleurs qui ne révéleront ces couleurs que sous l'action de l'oxygène.

L'oxygène est en effet à l'origine de nombreux résultats. S'il éclaircit les cheveux naturellement, en particulier lorsqu'il est associé à l'eau et à la lumière du soleil, c'est également sous son action que les molécules qui composent les précurseurs vont peu à peu se colorer jusqu'à atteindre la teinte désirée. On parle de coloration d'oxydation .
Dans le processus d'une coloration permanente "classique", ses deux fonctions sont d'ailleurs associées. L'oxygène libéré par la réaction entre un agent alcalin tel que l'ammoniaque et le produit oxydant à base d'eau oxygénée va simultanément éclaircir la mélanine du cheveu et agir sur les précurseurs pour révéler les colorants.
Cependant, les molécules des précurseurs sont de grosses molécules auxquelles la cuticule dans son état normal opposerait une barrière infranchissable. Il faut donc faire appel à une propriété du cheveu, sa perméabilité.

Le cheveu est capable d'absorber de grandes quantités de liquide, quantités d'autant plus importantes que le liquide est alcalin . De cette absorption résulte un gonflement de la fibre qui se traduit par l'écartement des écailles de la cuticule. Ainsi ouverte, la cuticule autorise alors la pénétration des précurseurs. Lorsque que ceux-ci ont révélé la couleur désirée qui dépend de la molécule et du temps de pose, un shampooing ou une crème appropriés referment les écailles de la cuticule. La couleur se retrouve alors prisonnière et protégée par la cuticule comme le sont les pigments naturels de mélanine. Les colorants d'aujourd'hui étant aussi résistants que la mélanine naturelle, la coloration est donc assurée pour longtemps : le cheveu poussant par sa racine, la couleur d'origine réapparaîtra peu à peu au niveau de la base visible de la chevelure, au fur et à mesure de sa croissance.


Dans le cas de la coloration temporaire, les problèmes pourraient sembler plus simples dans la mesure où les colorants sont directs : ils ne nécessitent pas d'oxydation pour faire apparaître la couleur. Ces colorants se déposent au niveau des écailles de la cuticule et s'installent à la périphérie du cortex sans modifier la mélanine naturelle du cheveu.
Mais se pose alors le problème du support, c'est-à-dire du véhicule qui va accueillir les colorants afin de leur permettre d'agir le mieux possible sur le cheveu, tout en le protégeant, en le soignant et en l'embellissant. La perfection de la formulation du produit n'est atteinte que si ce mariage entre le support et le colorant est parfaitement équilibré. Un défaut dans cet équilibre se traduira immédiatement au niveau de la couleur elle-même.


Enfin la coloration fugace, même si elle disparaît au premier shampooing, doit aussi obéir à des règles strictes quant au respect du cheveu. Ici, seule la cuticule est concernée car c'est à sa surface que les colorants se déposent. Mais la cuticule étant l'unique protection du corps du cheveu, elle doit impérativement être l'objet de tous les soins.

  Un usage ancestral


Aujourd'hui, c'est donc une chimie extrêmement fine et subtile qui régit le monde de la coloration. Cependant, le désir de se colorer les cheveux semble ancestral. Ainsi l'usage du henné , encore très répandu de nos jours, était déjà en vogue dans l'Egypte des pharaons comme l'a prouvé l'analyse des cheveux de la momie de Ramsès II. Les Grecs et les Romains ont utilisé d'autres extraits végétaux issus par exemple de la noix ou du sureau.
Ils ont également travaillé les minéraux et les métaux comme le plomb, le mercure ou le cuivre, et même la matière animale sous la forme d'oufs de fourmis brûlés!

Ce n'est qu'au XIXème siècle qu'on a découvert que des substances d'origine synthétiques, réservées jusque là à la teinture de la laine, pouvaient aussi colorer les cheveux. Et au XXème siècle apparurent enfin les premières teintures capillaires. Destinées d'abord à la dissimulation des cheveux blancs, elles n'ont jamais cessé d'évoluer, offrant désormais une gamme plus étendue que celle des couleurs naturelles.

  Un art moderne


Mais il ne s'agit plus aujourd'hui de plaquer une couleur sur la chevelure et les produits de coloration ont appris à se faire oublier. Qu'on veuille changer radicalement de couleur, apporter des reflets ou dissimuler des cheveux blancs, c'est le naturel qui l'emporte et on ne doit plus s'apercevoir qu'un cheveu est coloré. C'est pourquoi une couleur moderne est faite de multiples nuances et s'ouvre au monde infini des reflets. Pour ce faire, il est nécessaire d'associer des bases qui donneront le fond de la couleur et des coupleurs qui modifieront ce fond en le nuançant par le jeu subtil des reflets.

Au bout du compte, il n'est pas rare que la couleur voulue soit le résultat d'un mélange d'une dizaine de colorants. Par l'association des bases et des coupleurs seront créés, à l'intérieur du cheveu, des bleus, des oranges, des jaunes, des verts, des violets, des rouges qui joueront ensemble, se neutralisant ou s'exaltant les uns les autres, pour qu'en définitive l'oil perçoive une couleur vivante, vibrante et vraie.

  Une voie d'avenir



Modélisation de la molécule 5,6 dihydroxyindole

Si la chimie étrange et subtile de la coloration est en évolution permanente, la volonté de repigmenter le cheveu blanc, et cela le plus naturellement possible, a été à l'origine d'une approche radicalement nouvelle : la biomimétique . Ce nom n'est pas usurpé car il s'agit ni plus ni moins d'imiter un processus biologique naturel, à savoir l'étape finale de la création de la mélanine au sein même du mélanocyte.
Dans le mélanocyte, la nature élabore en effet ses propres précurseurs qui engendrent à leur tour les pigments colorés. Pour l'heure, seule l'eumélanine , ce pigment qui varie du brun-rouge au noir foncé, a livré son secret. Son précurseur est le 5,6 dihydroxyindole, un nom très simple si on le compare à la complexité du travail qu'il a occasionné! C'est dire le courage et l'acharnement des chercheurs auxquels il aura fallu une trentaine d'années pour l'identifier, l'isoler, le purifier, le synthétiser et le stabiliser, avant de pouvoir enfin l'introduire dans un support cosmétique applicable sur les cheveux.

Redéposé dans le cheveu, ce précurseur ne va pas agir immédiatement comme le font les précurseurs traditionnels. Sous l'effet de l'oxygène de l'air, il va s'oxyder lentement, fonçant au fur et à mesure des applications, jusqu'à rendre au cheveu sa couleur perdue.
L'aventure fut longue, difficile et belle. Le jeu en valait la chandelle car, avec la biomimétique, c'est bel et bien une nouvelle chimie de la nature qui a vu le jour.

L'utilisation de précurseurs identiques à ceux qu'emploie la nature élargit encore l'horizon du pays des couleurs, désormais susceptible de s'enrichir de pigments naturels recomposés.




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